Retour sur notre année 2020 : de la stratégie aux coopérations

Manières d’être vivant : le titre du livre de Baptiste Morizot ferait un bon résumé de l’année qui vient de s’écouler. La lecture de ce philosophe spécialiste des conflits autour de la réintroduction du loup a marqué notre année et continue de nous inspirer. En février, nous n’imaginions pas à quel point cet ouvrage allait résonner avec l’actualité. Quelques semaines plus tard, la pandémie venait nous rappeler le poids des interdépendances – entre les territoires et entre les êtres vivants qui les occupent – et révéler l’ampleur de nos vulnérabilités individuelles et collectives.

En lisant Morizot, c’est surtout sa façon de redéfinir les fonctions de la diplomatie qui avait retenu notre attention et suscité notre enthousiasme. Partie Prenante était en train de devenir un trio : Nicolas Rio a été rejoint en janvier par Mathilde François (tout juste diplômée d’agronomie souhaitait mettre sa compréhension des écosystèmes vivants en regard avec l’action publique locale, après un stage chez nos complices d’ESOPA et d’Espaces Compris) puis par Manon Loisel à l’été 2020 (qui avait été la collègue de Nicolas à Acadie avant d’en devenir la co-gérante). Nous cherchions à préciser ce que nous voulions faire ensemble, et voilà qu’on tombe sur la jolie formule de Baptiste Morizot  que Mathilde reprendra pour son premier billet de blog : « prendre soin des interdépendances ». Nous n’aurions pas trouvé mieux pour qualifier ce qui guide nos missions au quotidien auprès des collectivités locales et de leurs partenaires : susciter la rencontre entre des acteurs qui sont liés sans forcément le savoir/vouloir, identifier des points de convergence tout en valorisant la différence de points de vue, jouer sur notre position de tiers extérieur pour tenter de fluidifier le partage des rôles et permettre à chacun d’y trouver sa juste place.

Lors de nos premiers échanges à trois voix dans les locaux des Halles Civiques, nous avons décidé de passer du « conseil en stratégies territoriales » aux « conseils en coopérations territoriales ». On l’a surtout fait pour nous (la période n’était pas aux cartes de visites et on a toujours pas pris le temps d’actualiser notre site internet). En privilégiant l’exploration des coopérations à la connotation guerrière du terme de stratégie, ce petit changement nous invitait à changer de regard sur nos propres missions.

Et concrètement, comment ça se traduit ? Petit tour de piste de ce qui nous a occupé en 2020 et des chantiers qui s’annoncent pour l’année à venir.

#QuelEluDemain ? Elus locaux et coopérations (intercommunales)

En 2019, nous avions engagé une réflexion collective sur les évolutions de la fonction d’élu local.  En prévisions des élections municipales, il s’agissait de susciter le débat sur la « fiche des postes » des élus locaux en montrant que la question ne résumé pas au choix des titulaires. On a souvent tendance à considérer les maires comme une figure intangible, alors qu’autour tout se transforme. A quoi servent encore les élus locaux ? Pour y répondre et préciser notre « besoin d’élus », nous avions organisé plusieurs ateliers en s’inspirant de la méthode des élections sans candidat, avec la complicité des revues Horizons Publics et Usbek et Rica.

Nous en avons tiré une note pour la Fondation Jean Jaurès puis une tribune dans Le Monde dont voici la conclusion. « Modes de vie mobiles, effritement des corps intermédiaires, montée en puissance de l’intercommunalité :  ces trois évolutions montrent que la principale qualité à attendre des élus locaux concerne leur capacité à coopérer. Les maires ne sont pas les seuls détenteurs de l’intérêt général au niveau local, ils le partagent avec d’autres élus, les citoyens et les services. »

L’année 2020 nous a permis de passer de la théorie à la pratique, en se focalisant sur l’échelle intercommunale (dans EPCI, il y a le C de coopération). A l’invitation de Mattiu Etcheverry, nous avons accompagné l’association des élus Basques pour produire un Livre Blanc sur la place des élus communaux dans la vie intercommunale. Si la question se pose avec une certaine acuité dans cette Agglo XXL de 158 communes, les conclusions du Livre Blanc (téléchargeable ici) restent valables ailleurs au moment où chaque EPCI doit élaborer son pacte de gouvernance.

Depuis les élections, c’est autour de l’actualisation des projets de territoire que nous abordons cette question avec Pornic Agglo et Grand Poitiers Communauté Urbaine. Comment converger sur des orientations communautaires après une campagne électorale ciblée sur les questions municipales ? Et comment les partager avec les services, les citoyens et les forces vives du territoire ? Jusqu’où modifier le projet du précédent mandat pour tenir compte d’un contexte inédit, sans tomber dans le piège de l’obsolescence programmée des stratégies territoriales ? Comment concilier des problématiques urbaines avec les préoccupations de communes plus rurales ? Autant de questions au cœur des séminaires que nous continuerons à animer en 2021 avec les élus et services des intercommunalités.

Nous sommes aussi embarqués dans l’expérimentation (Dé)Formation pour élus en transition conduite par la 27e Région et l’Institut Paris Région, avec nos complices designers de Pratico-Pratiques. Ce projet au long cours vise à outiller les nouvelles équipes municipales pour les aider à mieux prendre en compte les enjeux de transition écologique et sociale et à déployer d’autres formes de coopération. Il s’agit aussi d’interroger les besoins en formation des élus, pour aller au-delà du module « prendre la parole en public ».  Les résultats de la phase d’enquête est en cours de consolidation, et des expérimentations sont prévues pour le printemps.

#FaireAvec ! Les coopérations à l’épreuve du réel

La crise sanitaire a mis les territoires à rude épreuve. Elle a souligné le besoin de coopération tout en rappelant ses difficultés de mise en œuvre. Il est toujours plus facile d’ajouter de nouvelles cellules de crise que de coordonner les instances, au risque d’empiler les dispositifs et de perdre en efficacité (sur ce sujet, voir les analyses éclairantes d’Olivier Borraz et Henri Bergeron).

Dans une tribune publiée dans La Gazette des Communes en avril 2020, nous faisions l’hypothèse que les collectivités étaient mieux placées que l’Etat pour assurer la résilience des territoires, par leur capacité à croiser les sujets et à faire alliance avec d’autres. Un mois plus tard, nous engagions une enquête collaborative sur la transformation publique par temps de crise, avec la 27e Région, l’agence Vraiment Vraiment et le réseau des labos d’innovation publique : des dizaines d’entretiens et de retour d’expérience pour aller voir comment le confinement avait pu être source d’innovations sur le terrain.

On y a constaté la robustesse des services publics locaux et l’agilité d’organisations injustement critiquées pour leur inertie fantasmée. On y a vu aussi la fragilité d’initiatives qui reposent souvent sur une prise de risque individuelle, et l’importance de la culture managériale comme levier (ou obstacle) à la résilience locale. A l’arrivée, on obtient six réflexes pour bâtir les capacités publiques de demain (à télécharger ici) et une interview croisée passionnante entre Louise Guillot de la 27e Région et Noémie Fompeyrine de la Mission Résilience Ville de Paris.

La capacité d’expérimentation des collectivités face aux crises, nous avons pu la vérifier in situ sur l’usage des espaces publics. A la demande de la Communauté Urbaine, nous avons accompagné le Grand Nancy dans son dialogue avec les communes de l’agglomération pour déconfiner l’espace public lors d’un été pas comme les autres. On s’est d’abord demandé s’ils ne s’étaient pas trompé de prestataires (pour animer les rues et les places, rien ne vaut l’expertise de Vraiment Vraiment ou Pratico-Pratiques), avant de comprendre qu’il s’agissait surtout d’initier de nouvelles habitudes de coopération.

Comment croiser l’expertise sur le hard de la direction voirie et des services techniques communaux avec le soft des directions sports-culture et des associations locales ? Comment faire des espaces publics communaux un levier de résilience métropolitaine, au croisement entre lien social, écologie concrète et soutien aux commerces de proximité ? Autant de questions travaillées lors de repérages in situ mêlant élus, services, associations et commerçants, pour co-construire un mode d’emploi des expérimentations sur l’espace public.

Les coopérations à l’épreuve du réel, c’est aussi le défi qui nous attend en 2021. Nous avons eu la joie d’être retenus par la Ville de Chambéry pour animer leurs Etats Généraux de la Démocratie locale (tout en respectant les gestes barrières). L’enjeu est de taille, pour une équipe municipale qui a fait de la participation citoyenne un axe fort de son programme. Notre conviction, c’est que la transition démocratique ne pourra pas être atteinte uniquement en multipliant les instances participatives. Il faut aussi travailler leurs complémentarités et leur articulation avec les élus et les services, pour éviter de transformer la participation en un monde parallèle déconnecté de l’action publique local.

Prendre soin des interdépendances, c’est aussi fluidifier le partage des rôles et laisser place aux désaccords féconds. Plus facile à dire qu’à faire ! Mais on va quand même essayé en franchissant la frontière avec notre complice Mathias Rouet, à la demande de la Ville de Liège qui souhaite instaurer une nouvelle culture du dialogue en matière d’aménagement urbain. Nous y animerons la Fabrique Urbaine : des dizaines de partenaires aux avis divergents mais réunis dans un même espace pour bâtir ensemble une Charte de coopération. On vous racontera !

Faire avec, c’était aussi le mot d’ordre de la troisième saison de l’étude nouveaux modèles économiques urbains et du Grenelle des Mobilités en Lorraine que nous avons accompagné en 2020. Initié par la Région Grand Est avec l’appui des agences d’urbanisme AGUREM, SCALEN et AGAPE, le Grenelle cherche à mieux répondre aux besoins de mobilité des territoires lorrains, en croisant une entrée par l’offre (les infrastructures et les services) avec une approche par la demande (en adoptant le point de vue des usagers). Le tout dans un contexte marqué par le défi écologique, la crise des Gilets Jaunes et l’incertitude sur les finances locales : bref, il y a matière à discussion. Après deux sessions d’ateliers, la démarche donnera lieu à la publication d’un Livre Blanc organisé autour de huit chantiers.

Coté nouveaux modèles économiques urbains, nous continuons nos explorations initiées depuis 2015 avec ibicity et Espelia. La saison 3 visait à poser les contours d’une gouvernance d’écosystème. Ecrit pendant le confinement, le « rapport orange » (téléchargeable ici) tire les enseignements des partenariats conduits avec les métropoles de Nantes, Rennes et Lyon pour mettre l’approche par les modèles économiques à l’épreuve des préoccupations de chaque territoire.

Mobilité, éducation, énergie, périscolaire, 5G, espaces publics… Nous y abordons une grande diversité de thématiques pour souligner un même défi : trouver les bons leviers pour négocier avec les opérateurs urbains en sortant du mythe de la maitrise complète. Ou comment lâcher prise sans laisser faire… Pour 2021, nous sommes en train de finaliser un mode d’emploi de l’approche par les nouveaux modèles économiques urbains pour capitaliser sur ces cinq années de pratique et favoriser l’appropriation des outils. Et nous espérons lancer une quatrième saison, pour décrypter les modèles économiques locaux de la transition écologique et sociale. Faites nous signe si vous souhaitez y être associé.

#LostInTransition : multiplier les angles de vue

La transition écologique et sociale : voilà un sujet qui a pris une importance croissante dans nos missions et nos réflexions, pour le plus grand bonheur de Mathilde ! Nous ne sommes pas devenus des spécialistes des questions environnementales ni des experts en PCAET (pour cela, on vous conseille les cabinets Transitions, Colibree ou BL évolution). Mais nous sommes convaincus que la transition des territoires bute (aussi) sur des problématiques de gouvernance ; sur un déficit de diplomatie locale, comme dirait Baptiste Morizot. C’est pour cela que nous avons dressé un premier panorama des outils de gouvernance mobilisés pour amplifier la transition dans les territoires.

Alors que de nombreux candidats promettaient d’organiser une COP de territoire, une Convention citoyenne du climat ou de mettre en place un GIEC local ou un Grenelle du Monde d’après, on avait besoin d’y voir plus clair sur les apports et limites de chacun de ces outils. Cela a donné lieu à une série de billets sur notre blog, puis un webinaire sur les COP de territoires avec les Métropoles de Rouen et Brest et le WWF France. En 2021, on espère bien pouvoir prolonger la série sur les autres outils (on cherche des financeurs, si jamais…).

Ce qui nous intéresse, c’est aussi d’aborder la transition écologique de biais, en allant explorer des enjeux qui restent encore peu abordés par les collectivités locales. La première occasion nous a été permise par l’Agence nationale de cohésion des territoires (ANCT) à travers la Fabrique Prospective Villes moyennes et transition écologique. (Sur la revitalisation des villes moyennes, nous continuons aussi à travailler avec la Banque des Territoires sur les moyens de développer les services à la population dans les cœurs de ville. L’occasion de mettre en pratique l’analyse formulée il y a deux ans.) Prospective, transition et villes moyennes : tous nos sujets de prédilection réunis en une seule mission, réalisée en groupement avec Caroline Valluis ! Avec une même question déclinée sur quatre territoires (Beauvais, Bourg-en-Bresse, Lorient et Saint-Dié-des-Vosges) : « Que peut l’action publique locale pour accompagner la mutation des modes de production et de consommation ? » La question a de quoi déconcerter les collectivités, car la consommation ne se planifie pas et que le niveau local a peu de pouvoir règlementaire pour contraindre les modes de production.

Notre mission consiste ainsi à animer la réflexion pour identifier d’autres leviers d’action, en essayant se mettre dans la peau des habitants, des commerçants, des PME ou des agriculteurs pour cerner leur besoin d’accompagnement par la collectivité. Avant de multiplier les injonctions et les actions de sensibilisation, commençons par se mettre à l’écoute des acteurs du territoires pour venir ensuite amplifier « leur » transition (ils n’ont pas attendu la collectivité pour s’y mettre !).

Un deuxième angle interroge la dimension sociale de la transition écologique, dans le cadre d’une réflexion exploratoire initiée par la Direction de la prospective du Grand Lyon (qui a don de repérer les sujets emergeants). Au départ, il s’agissait de traiter le vaste sujet de la « justice sociale » pour analyser la capacité d’action du local sur la question. Très vite, nous avons réalisé l’importance de prendre en compte la dimension subjective des injustices vécues, dont l’expression revient avec récurrence dans la presse locale et sur les réseaux sociaux.

Face à ces sentiments d’injustice qui sont parfois provoqués par leurs propres politiques publiques (du maillage d’un réseau de bus au ramassage des ordures, en passant par l’action sociale ou la mise en place d’une zone à faible émission), les institutions locales gagneraient à adopter une posture d’écoute et de médiation – sur le modèle du Défenseur des Droits par exemple. La combinaison transition écologique, justice sociale et efficacité démocratique passera aussi par une meilleure prise en compte de la subjectivité des citoyens. Après une phase analytique croisant interviews de chercheurs et entretiens avec les services (à retrouver sur Millénaire 3), nous avons co-animé un atelier avec la direction Déchets pour identifier les principaux sentiments d’injustice et retracer le parcours au sein de l’institution métropolitaine. A refaire !

Le troisième angle pour aborder la transition pourrait venir du Luxembourg. Nous avons intégré l’équipe constituée par l’agence TVK pour répondre à la consultation internationale lancée par le Grand Duché pour imaginer un avenir du Luxembourg adapté au défi climatique. Notre proposition ? Décrypter les métabolismes urbains luxembourgeois en suivant le parcours de plusieurs matières premières (le béton, le bois, le lait…) et les systèmes d’acteurs qu’il agrège, de manière à en déplier la géographie et à la rendre gouvernable. Ou comment se mettre dans la peau d’une vache ou d’un légume pour imbriquer le local et le global, et gouverner l’empreinte écologique d’un territoire hors-norme !

#CoopèreYourself ! Les questions qu’on se pose en interne

L’année 2020 a aussi été riche en questionnements sur le fonctionnement de Partie Prenante, suite à l’arrivée de Mathilde François et Manon Loisel. Si l’on a rapidement réussi à trouver des habitudes de (télé)travail malgré la distance et à prendre soin des interdépendances au sein de notre trio, on continue de réfléchir sur le format de notre collectif et de nos modes d’intervention pour éviter de devenir un cordonnier bien mal chaussé.

Quel équilibre entre conseil, formation et plaidoyer ? Et quelles combinaisons possibles ? Le cœur de métier de Partie Prenante consiste à accompagner les collectivités dans leur projet de territoire et autres démarches de coopération. Pour autant, on se retrouve pas complètement dans l’appellation « consultants » (on adore donner des conseils, mais on se tient à distance du monde du consulting). Notre activité accorde une large place à la formation. Manon est maître de conférence associée au CNAM et enseigne avec Nicolas à l’Ecole Urbaine de Sciences Po sur les « mots d’ordre de l’action publique territoriale ». Depuis 2020, elle assure aussi l’animation pédagogique du cycle « mobilité » de l’IHEDATE. Mathilde reste très en lien avec l’Institut national polytechnique de Toulouse pour favoriser les croisements entre ingénierie de la transition et action publique locale. En parallèle de nos missions, nous portons nos propres chantiers à mi-chemin entre la R&D interne et le plaidoyer pour faire avancer des sujets qui nous tiennent à cœur. Qu’elle prenne la forme de publications ou d’ateliers collectifs, ces explorations sont au cœur de notre aventure collective mais ce n’est pas toujours facile de définir la juste place à leur donner et les bonnes façons de les faire dialoguer avec nos missions de conseil.

Quelle structure pour amplifier les coopérations, en interne et en externe ? La question du partage des rôles de pose aussi en interne à la structure, surtout lorsqu’on est une petite équipe de trois salariés. Marqués par notre passage à Acadie et par l’expérience de nos complices du Sens de la Ville, nous étudions la possibilité de passer en SCOP (société coopérative et participative) pour partager les prises de décision et garantir une juste répartition de la valeur entre nous. Nous cherchons aussi les moyens de renforcer les liens avec nos complices (élus, agents, consultants, chercheurs, associations…) pour sortir d’une relation de prestation… ou de concurrence. Faudrait-il devenir une SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) en associant plusieurs collèges aux grandes décisions sur le devenir de nos activités ? Quelles sont les autres parties prenantes de Partie Prenante, et quelle place leur donner ? On regarde avec intérêt l’expérience inspirante de la 27e Région et d’autres associations comme Aequitaz ou La Fabrique des Transitions.

Comment partager nos activités et nos réflexions ? Ou comment utiliser les réseaux sociaux à bon escient ? Si Twitter et LinkedIn constituent notre principal porte-voix et nous permettent de tisser de nouvelles rencontres, ils suscitent aussi notre agacement avec la crainte de tomber dans le piège de ce fonctionnement amnésique qui privilégie le « dire » au « faire », provoque une surenchère de production de contenus venant in fine réduire notre capacité d’attention et accentue le phénomène d’entre-soi qui pèse sur chaque univers professionnel. Comment partager ce qu’on fait et susciter des missions enthousiasmante sans tomber dans le travers du marketing permanent ? Sur quel support et à quelle fréquence est-il pertinent de partager nos analyses sur les transformations de l’action publique locale ? Quel temps y consacrer au quotidien pour préserver le reste de nos activités (et de nos vies perso) ? Autant de petits dilemmes qui, malgré nos bonnes résolutions 2021, ne sont pas prêts de disparaître. Et qui suscitent chez nous, une envie de discussion collective… in real life. Vivement la fin du Covid, et bonne année !

 

Giec, COP, Grenelle… Quels outils pour amplifier la transition écologique dans les territoires ?

COP 26 territoriales, Grenelles du Monde d’Après, Conventions citoyennes locales, Etats généraux de la résilience… Les appels à la mobilisation générale se multiplient. Vainqueurs d’un scrutin à l’abstention sans précédent, confrontés au défi de la transition écologique et sociale dans un contexte de crise économique, nombre d’élus veulent s’inspirer des dispositifs (inter)nationaux pour engager une dynamique de transformation collective des territoires.

On ne peut que s’en réjouir. Pour l’action publique locale, la transition écologique et sociale nécessite d’initier de nouvelles formes de coopération et de s’ouvrir sur d’autres acteurs. Mais comment s’assurer que ces annonces volontaristes aillent au-delà du coup de com’ sans lendemain ?

A Partie Prenante, on a choisi de prendre ces propositions au sérieux. En essayant d’abord d’y mettre un peu d’ordre, pour mieux cerner les spécificités de chaque outil. Entre les Grenelle, les COP et les Etats généraux, on finissait par s’y perdre un peu. Ces appellations ne sont pourtant pas synonymes : elles correspondent chacune à un format, à une histoire et à un mode de gouvernance distincts. Il s’agit moins de savoir quel est le dispositif idéal, que de sélectionner à chaque fois le bon outil en fonction du contexte et des objectifs affichés.

Nous avons aussi cherché à en interroger leur déclinaison possible au niveau des territoires. Qu’est-ce qui change dans un GIEC ou un Grenelle lorsqu’ils deviennent territoriaux ? Le passage à l’échelle locale ne suffira pas à lui seul à dépasser les limites observées au niveau gouvernemental et international.

Ce travail, qui avait été initié pendant le confinement pour alimenter nos missions en cours sur la gouvernance locale de la transition, s’est progressivement transformé en un panorama d’une dizaine de pages (on a pourtant essayé d’être synthétique). Il mériterait d’être étayé par un dialogue plus poussé avec les porteurs de ces dispositifs. Nous avons cependant décidé d’en publier la version de travail, pour en faire un commun accessible à tous. Il est en ligne ci-dessous. N’hésitez par à vous en saisir, à nous faire part de vos retours critiques et à le diffuser autour de vous.

Sommaire du panorama

Un GIEC local pour donner de la voix aux projections des scientifiques

Une COP territoriale pour s’engager sur une feuille de route commune mais différenciée

Un Grenelle territorial pour trouver un terrain d’entente et définir des engagements réciproques

Des Etats Généraux pour croiser les mondes et faire émerger de nouveaux sujets à l’agenda

Une convention citoyenne locale pour révéler les tensions et les points de convergence propres à chaque territoire

Les élections, ça sert (aussi) à politiser l’action publique locale

Dans leur cadre de leur dossier sur les municipales de 2020, nous avons répondu aux questions du Courrier des Maires. L’occasion de revenir sur l’importance de cette séquence électorale pour mettre en débat des enjeux trop souvent considérés comme techniques. Une élection, ça ne sert pas qu’à désigner des vainqueurs… La version intégrale de l’interview est en accès libre sur le site du Courrier des Maires. En voici quelques extraits

Mettre en débat pour rendre l’action possible

Si les équipes de campagnes ne parviennent pas à mettre en débat les points de clivage et à les faire arbitrer dans les urnes, les futurs exécutifs risquent de s’y casser les dents par la suite. Cette maturation de l’opinion publique locale s’avèrera stratégique pour la suite de la mandature. Que faut-il mettre en discussion avant le vote pour garantir la capacité d’action de la collectivité sur le prochain mandat ? Voilà la question que devraient (aussi) se poser les aspirants-maires.

Repartir des besoins plutôt que des solutions

Les candidats devraient objectiver les pratiques des habitants de leurs villes et les besoins des usagers des services publics avant de dévoiler leurs programmes. A annoncer des solutions dans la précipitation pour mieux se démarquer, on prend le risque de multiplier les fausses bonnes idées.

On le voit sur les services publics, où le premier réflexe des candidats est de promettre un nouvel équipement. Mais est-ce bien en phase avec les besoins des usagers ? Faut-il ouvrir à tout prix une nouvelle médiathèque ou ajuster les horaires d’ouverture de la structure existante ? Faut-il se battre pour conserver une école à moitié vide ou maximiser son potentiel en l’ouvrant davantage sur la commune, par exemple en y intégrant la maison des associations ou en accueillant les distributions de panier d’une AMAP ?

(…) Partir des besoins suppose aussi de prendre en compte la diversité de la population. Beaucoup d’élus ont du mal à intégrer les demandes des plus mobiles, moins ancrés dans leur commune de résidence, ou de publics plus éloignés de l’action publique comme les adolescents. Eux aussi ont pourtant besoin d’action publique pour se déplacer, pour développer leurs loisirs ou pour préparer leur orientation professionnelle. Principalement en contact avec des habitants âgés, la plupart des élus n’ont qu’une vision partielle et biaisée des attentes de leur population, qui les poussent à mettre l’accent sur la sécurité ou la fiscalité locale.

 

Le rôle de la société civile dans la campagne

Les candidats ont une responsabilité évidente, mais le choix des thématiques qui seront mises en débat au cours des prochains mois ne dépend pas uniquement du politique. La capacité des candidats à aborder ou non tel ou tel sujet conflictuel dépend étroitement de leur maturation par une diversité d’acteurs à la fois locaux et nationaux – fonctionnaires, chercheurs, consultants, journalistes, acteurs associatifs, etc. Les élus sont principalement là, en réalité, pour avaliser des rapports de force déjà existants, qui traversent et divisent la société. De ce point de vue, je suis curieux de voir comment les sociétés civiles locales vont s’emparer du défi climatique pour interpeller leurs élus.

Retrouvez l’intégralité du dossier « Municipales 2020 : ces thèmes de campagne qui vont s’imposer » et l’actualité des collectivités locales sur le site du Courrier des Maires.

Ces cinq sujets qui vont animer les prochaines municipales

Urbanisme, démocratie, écologie : quels sont les principaux enjeux qui vont animer le débat lors des élections municipales de 2020… et structurer la prochaine mandature ? A l’invitation de Médiacités, nous en avons identifié cinq. Cinq questions qui montrent que si les candidats se tiennent à distance des étiquettes partisanes, les municipales ne sont pas exempts de clivages politiques ! La version intégrale de la tribune est à retrouver ici.

1/ La stratégie de peuplement : qui veut-on accueillir en ville ?

La hausse accélérée des prix de l’immobilier rend l’accès aux centres urbains de plus en plus sélectif. En limitant les constructions nouvelles, le refus de la densification va encore accentuer cette tendance. Pour ne pas subir cette évolution sociologique, les métropoles doivent mieux cerner les types de population qu’elles souhaitent conserver ou accueillir.

Le terme « stratégie de peuplement » a longtemps été tabou, tant il était associé à des stratégies électoralistes de nouveaux élus pour transformer la sociologie de leurs villes et conforter ainsi leur assise politique. Peu de maires font la publicité de ce pouvoir qui est le leur. Ils lui préfèrent généralement celui, plus flou et plus consensuel, de « mixité sociale. »

Lors des dernières municipales, les quelques discussions s’y référant se sont focalisées sur la seule part de logements sociaux.  Au-delà des HLM, comment les candidats se positionnent sur d’autres leviers tels que le contrôle des loyers, la régulation des prix de sortie, le développement de l’habitat coopératif, etc. ?
En outre, la stratégie de peuplement ne se réduit pas à jouer sur l’offre de logements. Elle porte aussi sur les équipements et services. Selon qu’un élu souhaite attirer des jeunes actifs ou maintenir des familles, des personnes en situation de précarité ou des seniors isolés, il mettra en avant l’offre de loisirs, de petite enfance, la densité de l’action sociale ou le tissu associatif et les dispositifs d’aide à domicile…

2/ Le partage de l’espace public : comment cohabiter en dépit de nos différences ?

Face à la pollution de l’air et à la crise climatique, la nécessité de réduire la place de la voiture en ville commence à faire consensus. Mais les divergences persistent sur ses implications. Faut-il développer des voiries partagées ou segmenter la chaussée par types d’usages avec des espaces réservés ? Sans même attendre l’arrivée de véhicules autonomes, les métropoles doivent-elles mener la fronde contre un code de la route conçu uniquement pour la voiture ? L’opposition croissante entre automobilistes et cyclistes va-t-elle devenir un clivage politiquement structurant ?

Le partage de la voirie cristallise le défi du vivre ensemble dans tout ce qu’il a de plus trivial. La diversification des formes de mobilité et le renforcement des autres fonctions de l’espace public (végétalisation, pratiques sportives, etc.) rend la cohabitation de plus en plus tendue, et les conflits d’usages de plus en plus probables. La méthode à employer divise, elle aussi. Faut-il jouer sur le marquage au sol pour infléchir le partage de l’espace public, ou mener des travaux de voirie pour inscrire ces changements dans le temps ? La gestion en temps réel sera-t-elle à la hauteur des promesses des promoteurs de la smart-city  ?

3/ L’élargissement de la participation citoyenne : comment dépasser le seul thème du « cadre de vie » ?

La participation citoyenne est devenue un passage obligé de l’action publique locale. Le développement des budgets participatifs illustre cet engouement. Cette diffusion produit néanmoins des effets très variables selon les publics ciblés – les élites de la société civile ou celles et ceux qui ne votent pas, à commencer par les étrangers ou les jeunes – et leurs modalités d’implication.

Les élections municipales de 2020 se joueront aussi sur la capacité à élargir le spectre de cette démocratie participative, qui s’est jusqu’ici focalisée sur le cadre de vie. Face à l’évolution des modes de vie et à la transition écologique, l’implication des citoyens dans la gestion des services urbains (la mobilité, l’économie circulaire, l’énergie…) devient cruciale. On pourrait par exemple imaginer d’associer les citoyens à la construction des délégations de service public. L’exploitant du réseau de transports en commun doit-il en priorité renforcer le maillage du réseau de bus, augmenter sa régularité ou réduire les émissions carbone ? Faut-il privilégier la gratuité des transports en commun ou développer des offres ciblées sur les personnes les plus éloignées de la mobilité ? Idem pour les déchets : la demande citoyenne porte-t-elle sur la fréquence du ramassage des ordures ou sur les moyens mis en œuvre pour favoriser le réemploi ?

4/ Les équipements collectifs : sur qui s’appuyer pour répondre aux nouveaux usages ?

Gymnases, centres sociaux, maisons des associations, médiathèques : les équipements sont un élément clé de l’action des communes et des intercommunalités. Bien souvent, ils sont aussi devenus un caillou dans leur chaussure. Confrontées à la baisse de leurs moyens, les collectivités n’arrivent plus à financer leur fonctionnement et les constructions nouvelles ne suffisent pas à absorber la hausse de la population dans les villes les plus attractives.

Elles subissent également la concurrence d’équipements privés, qui voient le jour pour répondre aux aspirations des usagers, en décalage avec la rigidité et l’uniformité de l’offre publique. C’est particulièrement le cas sur les équipements sportifs, où le succès des gym center contraste avec la baisse des adhésions aux associations sportives. On constate aussi un engouement pour les tiers-lieux, ces bâtiments ouverts au public mais gérés par des acteurs associatifs.

Les équipements concentrent nombre de questionnements auxquels font actuellement face les décideurs. Entre opérateurs privés et monde associatif, avec qui les acteurs publics doivent-ils faire alliance ? Comment structurer la gouvernance des futurs équipements, et leur modèle économique ? Comment prendre en compte l’évolution des usages des habitants ? L’engouement pour les « communs » est-il un levier pour une plus forte implication de la société civile dans la gestion des équipements ou le moyen pour la collectivité de se défausser d’un certain nombre de services ?

5/ L’alimentation et la consommation : vers un nouveau pan de l’action publique locale ?

La mobilisation des jeunes et le bon score des écologistes aux européennes ont inscrit le défi climatique à l’agenda local. Or, les maires restent démunis pour répondre à cette préoccupation écologique croissante. Pour l’instant, l’action locale s’est limitée à l’adoption de schémas technocratiques : les PCAET (Plan climat air énergie territorial), les TVB (Trame verte et bleu) et autre SCoT (Schéma de cohérence territorial). Cette planification environnementale est nécessaire. Mais elle n’a pas réussi à impliquer les citoyens, pas plus qu’elle n’a atteint le poids juridique suffisant pour contraindre les partenaires publics ni les acteurs privés.

Comme au niveau national (et mondial), les objectifs restent souvent incantatoires. De nombreuses villes visent la neutralité carbone à 2030 ou 2050 ; peu se sont données les moyens d’y parvenir jusqu’ici. La réduction des émissions carbone passe souvent par la délocalisation de la production en périphérie de la ville (ou du monde). Pour réduire leurs impacts sur l’environnement, les villes devront accompagner la transformation des pratiques de consommation de leurs habitants. L’alimentation est ainsi en passe de devenir un secteur d’action publique majeur. Que feront les communes pour amplifier la dynamique engagée par la société civile, avec le développement des AMAP ? Seront-elles en capacité de démocratiser l’accès à une alimentation de qualité (via les cantines scolaires mais pas seulement) ? Iront-elles jusqu’à s’emparer de la question agricole, en engageant le dialogue avec les territoires ruraux pour relocaliser les circuits d’approvisionnement ?

Pour suivre la campagne municipale au plus près du terrain et voir comment ces cinq sujets seront (ou non) appropriés par les candidats, abonnez-vous à Médiacités, le média de l’investigation locale : https://www.mediacites.fr/