Retour sur notre année 2020 : de la stratégie aux coopérations

Manières d’être vivant : le titre du livre de Baptiste Morizot ferait un bon résumé de l’année qui vient de s’écouler. La lecture de ce philosophe spécialiste des conflits autour de la réintroduction du loup a marqué notre année et continue de nous inspirer. En février, nous n’imaginions pas à quel point cet ouvrage allait résonner avec l’actualité. Quelques semaines plus tard, la pandémie venait nous rappeler le poids des interdépendances – entre les territoires et entre les êtres vivants qui les occupent – et révéler l’ampleur de nos vulnérabilités individuelles et collectives.

En lisant Morizot, c’est surtout sa façon de redéfinir les fonctions de la diplomatie qui avait retenu notre attention et suscité notre enthousiasme. Partie Prenante était en train de devenir un trio : Nicolas Rio a été rejoint en janvier par Mathilde François (tout juste diplômée d’agronomie souhaitait mettre sa compréhension des écosystèmes vivants en regard avec l’action publique locale, après un stage chez nos complices d’ESOPA et d’Espaces Compris) puis par Manon Loisel à l’été 2020 (qui avait été la collègue de Nicolas à Acadie avant d’en devenir la co-gérante). Nous cherchions à préciser ce que nous voulions faire ensemble, et voilà qu’on tombe sur la jolie formule de Baptiste Morizot  que Mathilde reprendra pour son premier billet de blog : « prendre soin des interdépendances ». Nous n’aurions pas trouvé mieux pour qualifier ce qui guide nos missions au quotidien auprès des collectivités locales et de leurs partenaires : susciter la rencontre entre des acteurs qui sont liés sans forcément le savoir/vouloir, identifier des points de convergence tout en valorisant la différence de points de vue, jouer sur notre position de tiers extérieur pour tenter de fluidifier le partage des rôles et permettre à chacun d’y trouver sa juste place.

Lors de nos premiers échanges à trois voix dans les locaux des Halles Civiques, nous avons décidé de passer du « conseil en stratégies territoriales » aux « conseils en coopérations territoriales ». On l’a surtout fait pour nous (la période n’était pas aux cartes de visites et on a toujours pas pris le temps d’actualiser notre site internet). En privilégiant l’exploration des coopérations à la connotation guerrière du terme de stratégie, ce petit changement nous invitait à changer de regard sur nos propres missions.

Et concrètement, comment ça se traduit ? Petit tour de piste de ce qui nous a occupé en 2020 et des chantiers qui s’annoncent pour l’année à venir.

#QuelEluDemain ? Elus locaux et coopérations (intercommunales)

En 2019, nous avions engagé une réflexion collective sur les évolutions de la fonction d’élu local.  En prévisions des élections municipales, il s’agissait de susciter le débat sur la « fiche des postes » des élus locaux en montrant que la question ne résumé pas au choix des titulaires. On a souvent tendance à considérer les maires comme une figure intangible, alors qu’autour tout se transforme. A quoi servent encore les élus locaux ? Pour y répondre et préciser notre « besoin d’élus », nous avions organisé plusieurs ateliers en s’inspirant de la méthode des élections sans candidat, avec la complicité des revues Horizons Publics et Usbek et Rica.

Nous en avons tiré une note pour la Fondation Jean Jaurès puis une tribune dans Le Monde dont voici la conclusion. « Modes de vie mobiles, effritement des corps intermédiaires, montée en puissance de l’intercommunalité :  ces trois évolutions montrent que la principale qualité à attendre des élus locaux concerne leur capacité à coopérer. Les maires ne sont pas les seuls détenteurs de l’intérêt général au niveau local, ils le partagent avec d’autres élus, les citoyens et les services. »

L’année 2020 nous a permis de passer de la théorie à la pratique, en se focalisant sur l’échelle intercommunale (dans EPCI, il y a le C de coopération). A l’invitation de Mattiu Etcheverry, nous avons accompagné l’association des élus Basques pour produire un Livre Blanc sur la place des élus communaux dans la vie intercommunale. Si la question se pose avec une certaine acuité dans cette Agglo XXL de 158 communes, les conclusions du Livre Blanc (téléchargeable ici) restent valables ailleurs au moment où chaque EPCI doit élaborer son pacte de gouvernance.

Depuis les élections, c’est autour de l’actualisation des projets de territoire que nous abordons cette question avec Pornic Agglo et Grand Poitiers Communauté Urbaine. Comment converger sur des orientations communautaires après une campagne électorale ciblée sur les questions municipales ? Et comment les partager avec les services, les citoyens et les forces vives du territoire ? Jusqu’où modifier le projet du précédent mandat pour tenir compte d’un contexte inédit, sans tomber dans le piège de l’obsolescence programmée des stratégies territoriales ? Comment concilier des problématiques urbaines avec les préoccupations de communes plus rurales ? Autant de questions au cœur des séminaires que nous continuerons à animer en 2021 avec les élus et services des intercommunalités.

Nous sommes aussi embarqués dans l’expérimentation (Dé)Formation pour élus en transition conduite par la 27e Région et l’Institut Paris Région, avec nos complices designers de Pratico-Pratiques. Ce projet au long cours vise à outiller les nouvelles équipes municipales pour les aider à mieux prendre en compte les enjeux de transition écologique et sociale et à déployer d’autres formes de coopération. Il s’agit aussi d’interroger les besoins en formation des élus, pour aller au-delà du module « prendre la parole en public ».  Les résultats de la phase d’enquête est en cours de consolidation, et des expérimentations sont prévues pour le printemps.

#FaireAvec ! Les coopérations à l’épreuve du réel

La crise sanitaire a mis les territoires à rude épreuve. Elle a souligné le besoin de coopération tout en rappelant ses difficultés de mise en œuvre. Il est toujours plus facile d’ajouter de nouvelles cellules de crise que de coordonner les instances, au risque d’empiler les dispositifs et de perdre en efficacité (sur ce sujet, voir les analyses éclairantes d’Olivier Borraz et Henri Bergeron).

Dans une tribune publiée dans La Gazette des Communes en avril 2020, nous faisions l’hypothèse que les collectivités étaient mieux placées que l’Etat pour assurer la résilience des territoires, par leur capacité à croiser les sujets et à faire alliance avec d’autres. Un mois plus tard, nous engagions une enquête collaborative sur la transformation publique par temps de crise, avec la 27e Région, l’agence Vraiment Vraiment et le réseau des labos d’innovation publique : des dizaines d’entretiens et de retour d’expérience pour aller voir comment le confinement avait pu être source d’innovations sur le terrain.

On y a constaté la robustesse des services publics locaux et l’agilité d’organisations injustement critiquées pour leur inertie fantasmée. On y a vu aussi la fragilité d’initiatives qui reposent souvent sur une prise de risque individuelle, et l’importance de la culture managériale comme levier (ou obstacle) à la résilience locale. A l’arrivée, on obtient six réflexes pour bâtir les capacités publiques de demain (à télécharger ici) et une interview croisée passionnante entre Louise Guillot de la 27e Région et Noémie Fompeyrine de la Mission Résilience Ville de Paris.

La capacité d’expérimentation des collectivités face aux crises, nous avons pu la vérifier in situ sur l’usage des espaces publics. A la demande de la Communauté Urbaine, nous avons accompagné le Grand Nancy dans son dialogue avec les communes de l’agglomération pour déconfiner l’espace public lors d’un été pas comme les autres. On s’est d’abord demandé s’ils ne s’étaient pas trompé de prestataires (pour animer les rues et les places, rien ne vaut l’expertise de Vraiment Vraiment ou Pratico-Pratiques), avant de comprendre qu’il s’agissait surtout d’initier de nouvelles habitudes de coopération.

Comment croiser l’expertise sur le hard de la direction voirie et des services techniques communaux avec le soft des directions sports-culture et des associations locales ? Comment faire des espaces publics communaux un levier de résilience métropolitaine, au croisement entre lien social, écologie concrète et soutien aux commerces de proximité ? Autant de questions travaillées lors de repérages in situ mêlant élus, services, associations et commerçants, pour co-construire un mode d’emploi des expérimentations sur l’espace public.

Les coopérations à l’épreuve du réel, c’est aussi le défi qui nous attend en 2021. Nous avons eu la joie d’être retenus par la Ville de Chambéry pour animer leurs Etats Généraux de la Démocratie locale (tout en respectant les gestes barrières). L’enjeu est de taille, pour une équipe municipale qui a fait de la participation citoyenne un axe fort de son programme. Notre conviction, c’est que la transition démocratique ne pourra pas être atteinte uniquement en multipliant les instances participatives. Il faut aussi travailler leurs complémentarités et leur articulation avec les élus et les services, pour éviter de transformer la participation en un monde parallèle déconnecté de l’action publique local.

Prendre soin des interdépendances, c’est aussi fluidifier le partage des rôles et laisser place aux désaccords féconds. Plus facile à dire qu’à faire ! Mais on va quand même essayé en franchissant la frontière avec notre complice Mathias Rouet, à la demande de la Ville de Liège qui souhaite instaurer une nouvelle culture du dialogue en matière d’aménagement urbain. Nous y animerons la Fabrique Urbaine : des dizaines de partenaires aux avis divergents mais réunis dans un même espace pour bâtir ensemble une Charte de coopération. On vous racontera !

Faire avec, c’était aussi le mot d’ordre de la troisième saison de l’étude nouveaux modèles économiques urbains et du Grenelle des Mobilités en Lorraine que nous avons accompagné en 2020. Initié par la Région Grand Est avec l’appui des agences d’urbanisme AGUREM, SCALEN et AGAPE, le Grenelle cherche à mieux répondre aux besoins de mobilité des territoires lorrains, en croisant une entrée par l’offre (les infrastructures et les services) avec une approche par la demande (en adoptant le point de vue des usagers). Le tout dans un contexte marqué par le défi écologique, la crise des Gilets Jaunes et l’incertitude sur les finances locales : bref, il y a matière à discussion. Après deux sessions d’ateliers, la démarche donnera lieu à la publication d’un Livre Blanc organisé autour de huit chantiers.

Coté nouveaux modèles économiques urbains, nous continuons nos explorations initiées depuis 2015 avec ibicity et Espelia. La saison 3 visait à poser les contours d’une gouvernance d’écosystème. Ecrit pendant le confinement, le « rapport orange » (téléchargeable ici) tire les enseignements des partenariats conduits avec les métropoles de Nantes, Rennes et Lyon pour mettre l’approche par les modèles économiques à l’épreuve des préoccupations de chaque territoire.

Mobilité, éducation, énergie, périscolaire, 5G, espaces publics… Nous y abordons une grande diversité de thématiques pour souligner un même défi : trouver les bons leviers pour négocier avec les opérateurs urbains en sortant du mythe de la maitrise complète. Ou comment lâcher prise sans laisser faire… Pour 2021, nous sommes en train de finaliser un mode d’emploi de l’approche par les nouveaux modèles économiques urbains pour capitaliser sur ces cinq années de pratique et favoriser l’appropriation des outils. Et nous espérons lancer une quatrième saison, pour décrypter les modèles économiques locaux de la transition écologique et sociale. Faites nous signe si vous souhaitez y être associé.

#LostInTransition : multiplier les angles de vue

La transition écologique et sociale : voilà un sujet qui a pris une importance croissante dans nos missions et nos réflexions, pour le plus grand bonheur de Mathilde ! Nous ne sommes pas devenus des spécialistes des questions environnementales ni des experts en PCAET (pour cela, on vous conseille les cabinets Transitions, Colibree ou BL évolution). Mais nous sommes convaincus que la transition des territoires bute (aussi) sur des problématiques de gouvernance ; sur un déficit de diplomatie locale, comme dirait Baptiste Morizot. C’est pour cela que nous avons dressé un premier panorama des outils de gouvernance mobilisés pour amplifier la transition dans les territoires.

Alors que de nombreux candidats promettaient d’organiser une COP de territoire, une Convention citoyenne du climat ou de mettre en place un GIEC local ou un Grenelle du Monde d’après, on avait besoin d’y voir plus clair sur les apports et limites de chacun de ces outils. Cela a donné lieu à une série de billets sur notre blog, puis un webinaire sur les COP de territoires avec les Métropoles de Rouen et Brest et le WWF France. En 2021, on espère bien pouvoir prolonger la série sur les autres outils (on cherche des financeurs, si jamais…).

Ce qui nous intéresse, c’est aussi d’aborder la transition écologique de biais, en allant explorer des enjeux qui restent encore peu abordés par les collectivités locales. La première occasion nous a été permise par l’Agence nationale de cohésion des territoires (ANCT) à travers la Fabrique Prospective Villes moyennes et transition écologique. (Sur la revitalisation des villes moyennes, nous continuons aussi à travailler avec la Banque des Territoires sur les moyens de développer les services à la population dans les cœurs de ville. L’occasion de mettre en pratique l’analyse formulée il y a deux ans.) Prospective, transition et villes moyennes : tous nos sujets de prédilection réunis en une seule mission, réalisée en groupement avec Caroline Valluis ! Avec une même question déclinée sur quatre territoires (Beauvais, Bourg-en-Bresse, Lorient et Saint-Dié-des-Vosges) : « Que peut l’action publique locale pour accompagner la mutation des modes de production et de consommation ? » La question a de quoi déconcerter les collectivités, car la consommation ne se planifie pas et que le niveau local a peu de pouvoir règlementaire pour contraindre les modes de production.

Notre mission consiste ainsi à animer la réflexion pour identifier d’autres leviers d’action, en essayant se mettre dans la peau des habitants, des commerçants, des PME ou des agriculteurs pour cerner leur besoin d’accompagnement par la collectivité. Avant de multiplier les injonctions et les actions de sensibilisation, commençons par se mettre à l’écoute des acteurs du territoires pour venir ensuite amplifier « leur » transition (ils n’ont pas attendu la collectivité pour s’y mettre !).

Un deuxième angle interroge la dimension sociale de la transition écologique, dans le cadre d’une réflexion exploratoire initiée par la Direction de la prospective du Grand Lyon (qui a don de repérer les sujets emergeants). Au départ, il s’agissait de traiter le vaste sujet de la « justice sociale » pour analyser la capacité d’action du local sur la question. Très vite, nous avons réalisé l’importance de prendre en compte la dimension subjective des injustices vécues, dont l’expression revient avec récurrence dans la presse locale et sur les réseaux sociaux.

Face à ces sentiments d’injustice qui sont parfois provoqués par leurs propres politiques publiques (du maillage d’un réseau de bus au ramassage des ordures, en passant par l’action sociale ou la mise en place d’une zone à faible émission), les institutions locales gagneraient à adopter une posture d’écoute et de médiation – sur le modèle du Défenseur des Droits par exemple. La combinaison transition écologique, justice sociale et efficacité démocratique passera aussi par une meilleure prise en compte de la subjectivité des citoyens. Après une phase analytique croisant interviews de chercheurs et entretiens avec les services (à retrouver sur Millénaire 3), nous avons co-animé un atelier avec la direction Déchets pour identifier les principaux sentiments d’injustice et retracer le parcours au sein de l’institution métropolitaine. A refaire !

Le troisième angle pour aborder la transition pourrait venir du Luxembourg. Nous avons intégré l’équipe constituée par l’agence TVK pour répondre à la consultation internationale lancée par le Grand Duché pour imaginer un avenir du Luxembourg adapté au défi climatique. Notre proposition ? Décrypter les métabolismes urbains luxembourgeois en suivant le parcours de plusieurs matières premières (le béton, le bois, le lait…) et les systèmes d’acteurs qu’il agrège, de manière à en déplier la géographie et à la rendre gouvernable. Ou comment se mettre dans la peau d’une vache ou d’un légume pour imbriquer le local et le global, et gouverner l’empreinte écologique d’un territoire hors-norme !

#CoopèreYourself ! Les questions qu’on se pose en interne

L’année 2020 a aussi été riche en questionnements sur le fonctionnement de Partie Prenante, suite à l’arrivée de Mathilde François et Manon Loisel. Si l’on a rapidement réussi à trouver des habitudes de (télé)travail malgré la distance et à prendre soin des interdépendances au sein de notre trio, on continue de réfléchir sur le format de notre collectif et de nos modes d’intervention pour éviter de devenir un cordonnier bien mal chaussé.

Quel équilibre entre conseil, formation et plaidoyer ? Et quelles combinaisons possibles ? Le cœur de métier de Partie Prenante consiste à accompagner les collectivités dans leur projet de territoire et autres démarches de coopération. Pour autant, on se retrouve pas complètement dans l’appellation « consultants » (on adore donner des conseils, mais on se tient à distance du monde du consulting). Notre activité accorde une large place à la formation. Manon est maître de conférence associée au CNAM et enseigne avec Nicolas à l’Ecole Urbaine de Sciences Po sur les « mots d’ordre de l’action publique territoriale ». Depuis 2020, elle assure aussi l’animation pédagogique du cycle « mobilité » de l’IHEDATE. Mathilde reste très en lien avec l’Institut national polytechnique de Toulouse pour favoriser les croisements entre ingénierie de la transition et action publique locale. En parallèle de nos missions, nous portons nos propres chantiers à mi-chemin entre la R&D interne et le plaidoyer pour faire avancer des sujets qui nous tiennent à cœur. Qu’elle prenne la forme de publications ou d’ateliers collectifs, ces explorations sont au cœur de notre aventure collective mais ce n’est pas toujours facile de définir la juste place à leur donner et les bonnes façons de les faire dialoguer avec nos missions de conseil.

Quelle structure pour amplifier les coopérations, en interne et en externe ? La question du partage des rôles de pose aussi en interne à la structure, surtout lorsqu’on est une petite équipe de trois salariés. Marqués par notre passage à Acadie et par l’expérience de nos complices du Sens de la Ville, nous étudions la possibilité de passer en SCOP (société coopérative et participative) pour partager les prises de décision et garantir une juste répartition de la valeur entre nous. Nous cherchons aussi les moyens de renforcer les liens avec nos complices (élus, agents, consultants, chercheurs, associations…) pour sortir d’une relation de prestation… ou de concurrence. Faudrait-il devenir une SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) en associant plusieurs collèges aux grandes décisions sur le devenir de nos activités ? Quelles sont les autres parties prenantes de Partie Prenante, et quelle place leur donner ? On regarde avec intérêt l’expérience inspirante de la 27e Région et d’autres associations comme Aequitaz ou La Fabrique des Transitions.

Comment partager nos activités et nos réflexions ? Ou comment utiliser les réseaux sociaux à bon escient ? Si Twitter et LinkedIn constituent notre principal porte-voix et nous permettent de tisser de nouvelles rencontres, ils suscitent aussi notre agacement avec la crainte de tomber dans le piège de ce fonctionnement amnésique qui privilégie le « dire » au « faire », provoque une surenchère de production de contenus venant in fine réduire notre capacité d’attention et accentue le phénomène d’entre-soi qui pèse sur chaque univers professionnel. Comment partager ce qu’on fait et susciter des missions enthousiasmante sans tomber dans le travers du marketing permanent ? Sur quel support et à quelle fréquence est-il pertinent de partager nos analyses sur les transformations de l’action publique locale ? Quel temps y consacrer au quotidien pour préserver le reste de nos activités (et de nos vies perso) ? Autant de petits dilemmes qui, malgré nos bonnes résolutions 2021, ne sont pas prêts de disparaître. Et qui suscitent chez nous, une envie de discussion collective… in real life. Vivement la fin du Covid, et bonne année !

 

Un GIEC local pour donner de la voix aux projections des scientifiques

Le GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) est surtout connu pour ses rapports réguliers qui décrivent un état de la situation climatique actuelle et future, à partir d’un travail de revue de la littérature scientifique. En compilant toutes ces études, il s’agit d’aller au-delà des controverses entre experts pour formuler des prévisions les plus fiables et précises possibles. Le premier rapport du GIEC publié en 1990 a par exemple servi à établir scientifiquement la responsabilité humaine du changement climatique. Sur un sujet marqué par l’intensité des polémiques et des conflits d’intérêt, la vertu du GIEC repose sur la formule « les scientifiques le disent. »

Le GIEC n’est pourtant par un laboratoire de recherche. C’est une instance onusienne. Son bureau est composé de scientifiques (issus des cinq continents), mais son Assemblée Générale reste pilotée par les Etats-membres. Ce qui en fait à la fois sa faiblesse et sa force. Le programme de travail du GIEC reste ainsi dépendant de la bonne volonté des gouvernements, d’autant que les décisions sont prises par consensus. Les Etats sont signataires du « résumé pour décideurs », co-produit à l’issue de chaque rapport. S’il conduit parfois à atténuer le propos, ce processus renforce aussi la responsabilité des gouvernements quant aux informations transmises. Un peu comme quand on doit cocher la case « j’ai pris connaissance de ces informations » après une série de clauses écrites en tout petit, avant de signer un contrat.

Le « résumé pour décideurs » illustre le rôle d’interface et de traduction assuré par le GIEC. C’est un outil de dialogue, qui vise à passer du champ scientifique au champ politique à travers la formulation de conclusions scientifiques « policy relevant, but not policy prescriptive » (pertinentes pour l’action publique mais non-prescriptives). En eux-même, les rapports du GIEC n’obligent personne ; ils n’ont pas de pouvoir de contrainte. Ils constituent plutôt une ressource, qui ne sert que si d’autres acteurs s’en emparent. C’est tout le propos porté par Greta Thunberg et les Marches pour le Climat, qui consistent à s’adresser aux gouvernements et aux entreprises en disant : « écoutez les scientifiques et tirez-en les conséquences par des actes ».

En résumé, la réussite d’un GIEC et sa capacité à orienter le passage à l’action repose sur la visibilité de ses productions : les constats doivent devenir suffisamment audibles pour devenir incontournables. Un GIEC confidentiel n’aurait aucun intérêt.

A quoi pourraient ressembler des GIEC locaux ?

Tout comme les gouvernements nationaux, l’action publique locale a besoin de s’appuyer sur les connaissances scientifiques pour prendre la mesure du problème comme son degré d’urgence, et pour hiérarchiser les réponses à apporter. Pour ce faire, plusieurs formats sont possibles.

Une première logique, descendante, vise à faire atterrir localement les constats et prévisions élaborés par le GIEC pour accompagner la montée en compétence des élus locaux sur les enjeux climatiques. En partant des rapports internationaux, on pourrait imaginer reproduire l’exercice du « résumé pour décideurs » à l’échelle de chaque territoire (une région et/ou une intercommunalité). L’élaboration de ce résumé donnerait lieu à une séance de négociation entre une délégation de scientifiques membres du GIEC et les élus/services de la collectivité pour sélectionner les conclusions les plus pertinentes sur chaque territoire, dont ils seraient ensuite les signataires. Faire signer les maires au pied des prévisions sur l’évolution probable de la température à l’horizon 2100 ou des conséquences de la fonte du permafrost ?! Un peu surréaliste à première vue, cette mesure pourrait pourtant être un levier efficace pour accroitre la prise de conscience locale des dérèglements climatiques sur le temps long et de leurs effets territoriaux à court terme.

La deuxième logique est ascendante, dans le prolongement de l’initiative engagée par la Métropole de Rouen en partenariat avec le WWF. Elle consiste à reproduire la méthode du GIEC pour consolider les analyses produites sur le territoire. Les diagnostics sur les enjeux climatiques sont nombreux, mais cette littérature grise produite lors des différents documents de planification reste souvent peu audible. Chaque GIEC local n’aurait pas pour fonction de produire des études supplémentaires, mais de valoriser les connaissances existantes et d’en renforcer la crédibilité et la lisibilité. On pourrait imaginer que cette activité devienne une fonction des Agences d’Urbanisme. Au croisement du monde de la recherche et de l’action publique, elles sont en effet bien placées pour assurer ce rôle de traduction et coordonner l’élaboration négociée d’un « résumé pour décideurs ». Les agences pourraient aussi favoriser le dialogue entre sciences dures et sciences sociales, pour cibler les GIEC locaux sur l’analyse des impacts économiques et social des dérèglements climatiques décrits par le GIEC et de la perte de biodiversité analysée par l’IPBES.

Il existe une troisième logique, inspirée des sciences participatives. Le GIEC local aurait alors pour objectif d’impliquer les acteurs du territoire (agriculteurs, habitants, services communaux des espaces verts, etc.) dans la production d’expertise sur la situation écologique du territoire. C’est ce qui a été mis en place par AcclimaTerra en Nouvelle Aquitaine avec la collecte des « savoirs d’acteurs ». Cette méthode a l’avantage de produire une analyse plus située et incarnée que les sobres rapports du GIEC. Telle une vigie collective, elle invite chaque habitant à devenir un porte-parole des vulnérabilités écologiques de son territoire.

Le rôle des élus locaux dans tout ça ?

Les élus sont les principaux destinataires de ce travail de synthèse. Ils interviennent en amont pour exprimer leur besoin d’expertise (via la co-définition du programme de travail) et en aval pour transformer des interpellations scientifiques en action publique effective. A travers la signature du « résumé pour décideurs », les élus s’engagent à prendre connaissance des éléments produits.

Quatre conditions de réussite

La mise en place de GIEC locaux a pour vertu de ramener le temps long dans l’action publique locale et d’améliorer la compréhension du défi climatique sous ses différentes facettes. Mais pour que l’idée vale la peine, plusieurs conditions sont à avoir en tête.

La stabilité du dispositif et sa régularité.

Le GIEC mondial a mis plusieurs décennies pour devenir un rendez-vous reconnu et attendu. Il en sera de même au niveau local. Créer un GIEC sur un territoire, c’est s’engager à ce que cette organe puisse survivre à un changement de priorité… ou d’exécutif. L’intérêt de ces rapports scientifiques découle de leur capacité à se mettre à distance de la conjoncture politique locale, pour donner à voir des évolutions structurelles.

L’implication de tous les élus locaux.

Le « résumé pour décideurs » est un exercice politique, d’où l’importance de la signature apposée par chaque collectivité en conclusion du document. Un GIEC intercommunal devra tout faire pour impliquer l’ensemble des élus, y compris celles et ceux qui sont le plus éloignés de la question. Par exemple, le résumé aura plus d’impact s’il est signé par chaque maire de l’intercommunalité que par le Vice-Président en charge de la transition. C’est un exercice collectif, qui fonctionne par le dialogue qu’il suscite entre les territoires impliqués.

La méthode de la consolidation scientifique.

Le rapport du GIEC n’est pas une étude : c’est un exercice de synthèse et de validation scientifique, pour donner du poids à un nombre limité de constats. Si le GIEC local aboutit à la production d’un énième diagnostic par un bureau d’études spécialisé, alors la démarche sera passée à coté de l’objectif.

La mise en commun des connaissances.

A l’inverse des diagnostics techniques, les rapports du GIEC ont une vocation grand public. Ils s’adressent autant aux décideurs qu’aux médias et aux mouvements associatifs. Pour que la formule « les scientifiques le disent » puisse opérer efficacement, encore faut-il que leurs énoncés soient largement partagés.

Sommaire du panorama

Introduction : quels outils pour amplifier la transition dans les territoires ?

Un GIEC local pour donner de la voix aux projections des scientifiques

Une COP territoriale pour s’engager sur une feuille de route commune mais différenciée

Un Grenelle territorial pour trouver un terrain d’entente et définir des engagements réciproques

Des Etats Généraux pour croiser les mondes et faire émerger de nouveaux sujets à l’agenda

Une convention citoyenne locale pour révéler les tensions et les points de convergence propres à chaque territoire

Transition écologique et action publique : prendre soin des interdépendances

Passionnée par l’application des approches systémiques, Mathilde François a rejoint Partie Prenante en janvier 2020. Avec son regard d’ingénieure agronome, elle porte un regard décentré sur l’action publique locale et ses défis face à la transition écologique. Un défi qu’elle résume en une formule inspirée de Baptiste Morizot : prendre soin des interdépendances. Après avoir interrogé des acteurs qui travaillent aux cotés ou au sein des collectivités territoriales pour la transition écologique, elle en livre ici les différentes déclinaisons possibles.

L’action publique locale est face à l’obligation légale de mettre en œuvre la transition écologique avec des Plans Climats alignés sur la Stratégie Nationale Bas Carbone. Elle doit pour cela contourner des freins structurels : quitter un fonctionnement en silo, s’extraire d’une action publico-centrée et articuler différents périmètres. En croisant des témoignages de terrain, il s’avère qu’une piste sérieuse pour contourner ces difficultés consiste à prendre soin des interdépendances.

Chaussons nos lunettes d’écologue. Intéressons nous aux interactions entre les acteurs qui le composent, ainsi qu’avec leur milieu. En portant ce regard sur l’action publique locale et son territoire, il apparait que nos vulnérabilités face au changement climatique et à la perte de la biodiversité sont sous-estimées et déconnectés les unes des autres. Elles pourraient cependant être incarnées si on leur trouvait des porte-paroles. Petits gestes et grands plans stratégiques semblent opposés, mais peuvent être réconciliés quand l’action publique locale se met à l’écoute et en appui des initiatives du territoire. En parallèle, les services en interne aussi trouvent à assumer leurs interdépendances en décloisonnant les méthodes de travail.

Les vulnérabilités ont besoin de porte-paroles

Les modifications de l’environnement (climat et biodiversité) sont difficiles à prendre en compte tant qu’elles ne se traduisent pas significativement dans le cadre de vie des habitants.  Il est donc essentiel de les rendre visible pour une mise en mouvement de la politique locale. Sans témoignages tangibles, une action environnementale pourrait avoir l’air d’être menée au détriment de l’amélioration des conditions de vie des habitants.

Or les vulnérabilités du territoire ont peu de porte parole. Pourtant, les témoins directs existent. Certaines professions pourraient être ciblées. Les agriculteurs pourraient être des porte parole privilégiés. Sentinelles des écosystèmes s’ils ont cette sensibilité, ils peuvent témoigner des sécheresses, de la baisse de pollinisation, de l’érosion des sols et de la perte de rendement.

Interrogé à ce sujet, Domitien Diétrie de la Communauté d’Agglomération du Muretain témoigne « Nous avons encore du mal à connecter les vulnérabilités des agriculteurs à celles des consommateurs. Surement pour cause de faible consommation ou distribution locale.» En effet, les chaines de valeur dépassent largement les limites du territoire et les agriculteurs en distribution classique ne sont pas investis comme témoins. Nous avons un enjeu collectif à identifier et entendre ces témoignages.

Sous-estimer les interdépendances aggrave la vulnérabilité des territoires et de ses habitants

Pour prendre correctement la mesure des vulnérabilités, il est essentiel de souligner leurs interdépendances. C’est-à-dire s’interroger sur la manière dont elles s’influencent les unes les autres, et parfois s’amplifient.

Apolline Faure du cabinet Transitions illustre « La connexion entre urgence climatique et vulnérabilités sociales et économiques doit être concrétisée. Les ménages les plus modestes sont souvent ceux qui logent dans des passoires thermiques. Si ces logements ne sont pas rénovés, imaginez que face aux canicules leurs occupants se mettent tous à acheter des climatiseurs… ». On assisterait alors à un rebond des consommations énergétiques, donc à une aggravation du changement climatique, tout en enfermant davantage ces familles dans une situation de précarité énergétique.

Les acteurs aussi sont interdépendants. Les vulnérabilités des uns impactent les autres par ricochet. Aurélien Boutaud souligne cette situation paradoxale : « Les territoires ruraux, parfois en difficulté financière, défendent la voiture comme mode de transport et c’est logique vu leurs contraintes. Mais à long terme, la structure des territoires sera de plus en plus vectrice d’inégalités. Elle conditionne les mobilités qui devront être réduites.» Ce qui impacterait les accès à  la culture, aux services médicaux… Il s’agit donc de donner à voir ces interdépendances pour les prendre en compte dans les décisions.

Dans les territoires, se mettre à l’écoute des initiatives extérieures à la collectivité

Des initiatives concrètes sont mises en oeuvre dans les territoires, hors des murs de l’action publique. Elles sont portées tantôt par des associations ou des entreprises, ou encore par des particuliers. L’action publique a un enjeu à se rendre attentive à ces initiatives pour leur venir en appui. Domitien Diétrie partage la nécessité d’un diagnostic des autres acteurs et de leurs projets mais constate la difficulté de mise en œuvre. « Par manque de moyens surement, nous avons peu d’occasions en tant que collectivité d’être caisse de résonance des initiatives du territoire. »

Mais comment trouver la juste posture pour les collectivités locales ? Au-delà d’un apport financier ou d’une mise à disposition de lieu ou d’ingénierie, il est possible de co-porter des projets. Nikola Jirglova du Labo de l’ESS, chargée de mission pour l’étude Dynamiques collectives de transitions dans les territoires, souligne l’intérêt de la dynamique partenariale initiée pour le projet de la Chantrerie à Nantes. Au sein d’une Zone d’Activité Commerciale, des acteurs économiques se sont regroupés avec des acteurs de la recherche pour mettre en œuvre une chaufferie bois mutualisée. D’autres projets connectés à la transition écologique (éolien, mobilité…) ont suivi, co-portés avec la collectivité. Point important : les porteurs-euses de projets ont impliqués les élus.e.s très tôt. L’investissement public était logique ensuite et ne ressemblait pas à une demande de financement sortie du chapeau. Le président de l’association de la Chantrerie soutient l’importance d’établir  « un rapport de force bienveillant avec les élus » rapporte Nikola Jirglova.

Cependant, l’inclusion d’acteurs extérieurs à l’action publique n’est pas systématiquement gage de bonne coordination. Un groupe local coordonné par le Réseau Action Climat et Alternatiba à Paris s’était lancé dans un comité de suivi du Plan Climat parisien. Ils en sont finalement partis, les documents techniques s’étant avérés difficilement appropriables. Zoé Lavocat du Réseau Action Climat, qui accompagne les groupes de citoyens s’interroge sur le risque pour eux d’être réduits à un rôle de simple caution citoyenne.

De ces retours d’expérience, on comprend qu’il s’agit pour l’action publique de susciter l’action collective. Ou de la soutenir quand elle se met en place. Coté juridique, Nikola Jirglova plaide pour une sensibilisation aux Société de Coopération d’Intérêt Collectif auprès des agents et élus locaux : «La SCIC est tout à fait sous employée alors qu’il s’agit d’une forme juridique qui favorise clairement la coopération publique-privée.»

Au sein des collectivités, sortir la transition du service environnement

C’est aussi au sein des collectivités que les interdépendances sont sous-estimées et qu’il faudrait en prendre soin. Comment éviter une transition cloisonnée et cantonnée à l’entrée environnementale ? L’élaboration des Plans Climat ou Projets de Territoire ces dernières années s’est révélée une sensibilisation efficace en ce sens. « Elle a mobilisé régulièrement des élus et des agents hors des thématiques dites environnementales autour du sujet de la transition écologique, efficacement.» témoigne Domitien Diétrie.

Parmi les leviers pour activer des habitudes de travail en transdisciplinarité, on peut aussi compter sur l’arrivée d’une jeune génération de techniciens selon Apolline Faure. « L’intégration de l’urgence climatique à leur travail ne leur demande pas de remettre en cause des systèmes que d’autres générations perpétuent depuis des dizaines d’années. » En effet, les chargé-e-s de mission transition se heurtent encore souvent à l’organisation. «Le décloisonnement dans la fabrique des politiques publiques demande d’inventer des modalités de travail qui sont souvent en dehors de la fiche de poste» affirme Nikola Jirglova.

Les outils de décloisonnement existent et peuvent le faire advenir « d’en haut » comme « d’en bas ». Un exemple de dispositif consiste à outiller le ou la chargé-e de mission pour lui permettre d’aller frapper aux portes des différents services et des différentes communes. Zoé Lavocat rapporte l’exemple de la Communauté d’Agglomération du Grand Auch où le chargé de mission du PCAET a utilisé la grille Climat Pratic concernant les avancements avec chacun des services techniques. « Il semble que ça ait permis de construire un cadre commun. Ce dispositif repose sur la motivation des chargés de mission, mais les résultats sont tellement lisibles par les graphiques de l’outil que ça rend la transition concrète. »

Autre stratégie de décloisonnement à Clermont Auvergne Métropole qui a créé avec tous les services un document unique, le Schéma de Transition Ecologique et Energétique. Mensuellement, des Commissions Métropolitaines Elargies réunissent élu-e-s, agent-e-s et partenaires pour échanger sur ce que les décisions impliquent pour chaque portefeuille. « Ce dispositif vise à éviter que le PLUI-H n’empêche la mise en œuvre du projet de transition énergétique par exemple. » souligne Apolline Faure.

Enfin, l’articulation entre les démarches va jusqu’à la transterritorialité. Les territoires voisins sont interdépendants. Par exemple, l’intégration au réseau de nouveaux projets d’électricité renouvelable peut être un problème quand le territoire voisin a déjà installé de nombreuses éoliennes. Sous estimer ces interdépendances en luttant contre le changement climatique fait apparaître des vulnérabilités nouvelles. Comme des concurrences entre les territoires pour les mêmes ressources renouvelables. C’est un effet rebond. Apolline Faure et Charles Adrien Louis du cabinet B&L évolution et auteur du rapport Comment s’aligner sur une trajectoire compatible avec les 1,5°C ? font le même constat « On voit se développer des filières de bois matériaux, des chaufferies, mais d’ici 5 à 10 ans on se retrouvera en tension sur la ressource parce que le territoire de l’autre coté de la forêt fait la même chose ! De même pour le foncier… »

Faire face à l’urgence climatique, c’est prendre acte que chaque champs d’intervention sectoriel dépend des autres : l’écologie dépend du développement économique pour que la transition devienne effective, l’économique et le social dépendent de l’environnement pour renforcer leur résilience… Et les territoires dépendent les uns des autres. Le manque de coordination trans-territoriales mène à une concurrence pour les ressources, au lieu d’en inclure les limites. Et le manque de prise en compte des interdépendances amplifie les vulnérabilités.

Personnes interviewés et ressources pour aller plus loin :

> Aurélien Boutaud, du cabinet de conseil Aboco. Voir son ouvrage sur les Limites planétaires publié dans la collection Repères aux éditions La Découverte avec Natacha Gondran.

> Domitien Diétrie, DGS de la communauté d’agglomération du Muretain. Voir sa veille active sur LinkedIn.

> Apolline Faure, du cabinet de conseil Transitions. Voir leur Guide pour une coopération urbain-rural en matière de transition énergétique, très utile pour passer à l’action.

> Nikola Jirglova, du Labo de l’ESS. Voir leur étude de 2020 sur les Dynamiques collectives de transitions dans les territoires.

> Zoé Lavocat, du Réseau Action Climat. Voir notamment leur veille sur Les initiatives de l’action publique locale face à la crise sanitaire à maintenir pour faire face à la crise climatique.

Charles-Adrien Louis, du cabinet B&L évolution. Pour prendre la mesure des enjeux, lire leur analyse étayée sur Comment s’aligner sur une trajectoire compatible avec les 1,5°C ?